Les positions de SUD-Étudiant dans la polémique autour du sexisme à l'IEP

Publié le par SUD-Étudiant Bordeaux

Les acteurs

Depuis deux semaines, les questions de sexisme à l'IEP occupent beaucoup de discussions... Mais il règne une grande confusion dans ces débats, et SUD-Étudiant juge que les étudiant-e-s méritent d'être mieux informé-e-s.

L'association A-Bord a été la première victime de propos insultants tenus sur Facebook. Ces pages ont été signalées au registre du CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail de l'IEP de Bordeaux) par une enseignante de l'IEP. Le Collectif Féministe Bordelais contre les Violences Sexistes dans l’Enseignement Supérieur, qui s'est monté sur le campus de Bordeaux, s'est engagé dans la défense de cette association, tout en portant aussi des revendications plus générales relatives au sexisme dans les universités. La solidarité des syndicats étudiants a été demandée, solidarité que SUD-Étudiant a immédiatement affirmée.

En effet, le combat contre le sexisme est un des principes fondateurs de SUD-Étudiant et il est donc naturel pour le syndicat de soutenir toute association qui souhaite apporter une réflexion sur le genre. C'est pourquoi SUD-Étudiant a soutenu le communiqué de presse qui a été rédigé par le collectif.

Des propos inacceptables sous couvert d'humour

La publication de pages Facebook au caractère profondément sexiste n’est pas anodine. Insultantes et agressives, ces pages visaient (à visage partiellement découvert) les étudiant-e-s d’A-Bord, mais discréditent également toute tentative de critique du sexisme ordinaire à l’IEP, ou plus simplement, toute tentative d’intégrer le genre comme thème de réflexion à l’IEP. 

Ce caractère antiféministe se cache – classiquement – derrière le voile de l’humour. Or il est important de saisir que l’humour constitue un discours : tout en dédouanant son auteur de toute mauvaise intention (il sera, au pire, qualifié de « potache »), il est le principal moyen de reproduction des stéréotypes à l'égard des groupes sociaux dominés. Sa violence est même supérieure à celle d’un discours classique : il repose sur le rire et la cohésion d’un groupe qui se soude autour de la moquerie, isolant les moqués qui sont renvoyés à leur statut de « premierdegréistes », incapables de saisir l’absurdité de leur lutte et l’inefficacité de leurs moyens d’action. 

La question n’est pas de savoir si l’humour est bon, si la blague est drôle (ce que chacun-e jugera), mais de saisir la violence qui est contenue dans de tels propos. Des étudiant-e-s y ont été directement attaqué-e-s, personnellement blessé-e-s, leur cause diffamée, instaurant par là un climat peu propice au débat constructif au sein de l’IEP. C’est pourquoi SUD-Etudiant s’est engagé à soutenir A-Bord et le Collectif Féministe Bordelais contre les Violences Sexistes dans l’Enseignement Supérieur, afin d’interpeller les étudiant-e-s sur le danger que constitue ce sexisme ordinaire teinté d’humour. 

SUD-Étudiant n'est pas à l’origine du processus disciplinaire

SUD-Étudiant soutient sans réserve le Collectif Féministe Bordelais contre les Violences Sexistes dans l’Enseignement Supérieur ainsi qu’A-Bord dans leurs démarches. Le syndicat souhaite une prise de conscience de toutes et tous sur la gravité des faits, que certain-e-s souhaitent nuancer par la supposée innocence de l’humour; ou par le caractère isolé de l’acte ; en aucun cas, le rôle du syndicat est d’influer sur l’administration afin d’obtenir des sanctions quelconques.

SUD-Étudiant souhaite le respect de la loi et un véritable débat visant à mettre fin aux violences sexistes : des propos tels que ceux présents dans les pages Facebook ne peuvent être émis sans provoquer de réaction, comme si de tels évènements étaient anodins ou acceptables. Il ne s’agit pas d’utiliser un processus disciplinaire afin de trouver un coupable : il s’agit de rendre public un débat qui se cache depuis trop longtemps derrière l’humour, qui se cantonne aux discussions internes à l’administration voire aux conversations de couloirs à l’IEP. L’ampleur de l’évènement a surpris, voire choqué : il s’agit maintenant d’analyser les causes profondes de ce dysfonctionnement, sans se réfugier dans la seule décision disciplinaire de l’administration.

Le CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) a été saisi par une enseignante de l'IEP, signalant la page Facebook. A partir de là, l'administration a pris ses dispositions. Ni A-Bord, ni Sud-Étudiant ne sont à l'initiative de la procédure disciplinaire en cours, contrairement à la confusion opérée dans la presse. Si des sanctions sont engagées, SUD-Étudiant assurera son rôle de syndicat étudiant, en veillant à ce que les droits de toutes et tous les étudiant-e-s soient respectés, c'est à dire en veillant aussi, par exemple, à ce qu'aucun-e étudiant-e ne soit chargé-e à tort, en d’autres termes que les étudiants aient droit à un procès équitable.

Engager une réflexion plus générale

SUD-Étudiant appelle à une réflexion plus globale sur le sexisme dans le milieu universitaire, réflexion notamment amenée par le Collectif Féministe Bordelais contre les Violences Sexistes dans l’Enseignement Supérieur. En revanche, il est nécessaire que soit clarifiée la position de SUD-Étudiant en ce qui concerne les noms de certaines équipes de sport. Il ne s'agit en aucun cas de les confondre avec les propos insultants tenus sur Facebook. Si SUD-Étudiant condamne fermement la violence de ces propos et estime de son devoir de défendre les étudiant-e-s qui en ont été victimes, le syndicat n'a jamais demandé à ce que soit changé arbitrairement le nom de l'équipe de volley. Il s’agit bien d’une décision de l’administration

Pour autant, la lutte contre le sexisme est une composante centrale du syndicat SUD-Étudiant. Dans cette optique, interroger les « traditions potaches » dans le milieu universitaire est nécessaire. En ce sens, évoquer les noms des équipes sportives semble pertinent dans le cadre d'une réflexion plus générale. Il ne s'agit pas de réprimer ces « traditions potaches », mais bien d'entamer une réflexion sur celles-ci. Pourquoi les joueuses de l'équipe de rugby féminine décident-elles de se nommer les « Mi-Putes-Mi-Soumises », de s'inscrire dans un registre liant encore une fois la femme à des notions dégradantes, est une question qui mérite d'être posée et débattue.

Pour conclure

C'est pour l'ensemble de ces raisons que SUD-Étudiant se porte pleinement solidaire des initiatives d'A-Bord et du Collectif Féministe Bordelais contre les Violences Sexistes dans l’Enseignement Supérieur. Il nous semble légitime d'interpeller publiquement les propos tenus sur Facebook par des étudiants de l'IEP, à plus forte raison quand ils visent une association étudiante de la même école. SUD-Étudiant donne la priorité à la défense des étudiants et à la qualité des conditions d'étude, auxquelles ces pages ont parfois pu nuire. SUD-Étudiant lutte aussi pour la qualité des débats qui émergent et prennent place au sein de l'IEP. Les pages Facebook comme « Osez le masculisme » sont bien loin de satisfaire ces critères.

http://collectifantisexistebordeaux.wordpress.com/

Publié dans Antisexisme

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