> Santé, pollution de l'air, proximité des voies et circulation

Cet article pour informer et faire prendre conscience de l'importance, pour notre santé, de l'air que nous respirons. Il démontre un des méfaits, invisible, de la densification outrancière de notre ville. Article repris de : http://dazibao.talence.over-blog.com/
 

Article de François Abalan, médecin
 
POLLUTION DE L'AIR ET PROXIMITE DES VOIES DE CIRCULATION A TALENCE.

Si vous êtes sur le Cours Gambetta ou sur le Cours de la Libération, ou encore sur une rue où il y a de la circulation automobile - et si vous êtes attentif aux odeurs - vous ne manquerez pas de noter que ce sont les odeurs de gaz d'échappement qui dominent très largement les autres odeurs.

On ne sent plus les fleurs, l'herbe coupée - quand il y en a - et d'autres bonnes odeurs queIllustration pollution l'on 
peut retrouver à la campagne.

Dans ces circonstances, pour ce qui me concerne, je ne peux alors m'empêcher d'imaginer les particules en suspension dans l'air et les autres toxiques pénétrant dans mes poumons puis pénétrant ensuite pour certaines des particules - les plus fines - plus profondément dans mon organisme à travers les poumons.

Je sais aussi que d'après les très nombreuses observations médicales ce n'est pas bon pour ma santé et que cela accroît avec certitude mes risques de tomber malade, voire de mourir un peu plus tôt.

L'exposition au trafic routier est le plus fréquent déclencheur des infarctus du myocarde (elle passe même avant l'exercice physique qui est pourtant la cause la plus connue et apprise à tous les étudiants en médecine et cardiologues) http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2810%2962296-9/fulltext
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Quels sont les principaux polluants de l'air nocifs pour notre santé émis en particulier par la circulation automobile ?

1) Ce sont tout d'abord les « particules en suspension dans l'air » appelées « PM 10 » (appelées ainsi car leur diamètre est inférieur à un millionième de mètre (10 micromètres). Elles sont suffisamment fines pour rester en suspension dans l'air et ne pas tomber au sol. Dans ce groupe des particules 
en suspension dans l'air, il y a les « particules fines » ou « PM 2,5 », de diamètre inférieur à 2,5 micromètres qui s'enfoncent profondément dans les poumons. Des particules encore plus fines peuvent pénétrer dans la circulation sanguine à travers les poumons.

Les particules en suspension dans l'air ont plus d'effet sur la santé que tout autre polluant. Les « fines » sont les plus dangereuses. Elles entraînent la mort prématurée de 800 000 personnes dans le monde chaque année et c'est la 13ème cause de mortalité.

Leurs effets sur la santé sont : augmentation des pathologies cardiovasculaires, respiratoires et des cancers pulmonaires (OMS, 2011).

Il faut diminuer le plus possible la concentration des particules en suspension dans l'air car on n'a pas déterminé de seuil de concentration en dessous duquel elles ne seraient pas nocives. Dans l'agglomération bordelaise, on peut considérer que leur concentration (20 à 30 microgrammes par m3 en moyenne annuelle, plus élevée en proximité automobile - AIRAQ -) abaisse en moyenne d'environ 1 an à 2 ans l'espérance de vie moyenne au minimum
http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMsa0805646Plus pour ceux habitant à proximité de la circulation. A une concentration de particules en suspension dans l'air de 27 microgrammes par m3, AIRAQ dit néanmoins que l'air est bon (indice 4), et de 28 à 34, il dit qu'il est moyen (indice 5) alors qu'il y a déjà des effets sur l'espérance de vie.

Talence a encore eu le 31 octobre 2012 - une fois de plus - le triste record de l'agglomération bordelaise du taux de particules fines en station urbaine éloignée de la circulation : 55 microgrammes par m3 ! (AIRAQ). On peut évaluer l'exposition en zone de proximité automobile ce jour-là à au minimum 75 microgramme par m3.http://www.airaq.asso.fr/fileadmin/user_upload/fichiers/actualites/SIR%20PM%20BDX%2031%20OCT%202012.pdf

2) Un autre polluant est aussi l'ozone (03). Il ne faut pas confondre l'ozone de la couche protectrice dans la haute atmosphère avec celui qu'on retrouve au niveau du sol. Au niveau du sol, l'ozone se forme par réaction entre divers polluants émis en particulier par les véhicules sous l'influence du rayonnement solaire (réaction photochimique), et c'est pourquoi sa concentration augmente dans les périodes ensoleillées.

A des concentrations trop élevées, il entraîne des problèmes respiratoires : crises d'asthme, maladies respiratoires, etc.

Plusieurs études européennes ont montré un accroissement de la mortalité quotidienne de 0,3 % et des maladies cardiaques de 0,4 % pour chaque augmentation de 10 microgramme/m3 de la concentration en ozone (OMS, 2011).

Sur l'agglomération bordelaise, la concentration est de 60 microgrammes/m3 en moyenne depuis des années (AIRAQ).

3) Il y a aussi le dioxyde d'azote ou NO2.
Les études épidémiologiques ont montré que les symptômes bronchitiques chez l'enfant asthmatique augmentent avec une exposition de longue durée au NO2 ; avec les concentrations actuellement observées dans les villes d'Europe ou d'Amérique du Nord, il y a une diminution de la fonction pulmonaire (OMS, 2011).
Dans l'agglomération bordelaise, les stations de mesure de proximité automobile mesurent entre 35 et 40 microgrammes/m3 en moyenne annuelle (AIRAQ)

4) Je citerai enfin le dioxyde de soufre (SO2).
Il affecte le système respiratoire (inflammation, toux, etc.), et entraîne aussi exacerbation de l'asthme, bronchites chroniques, sensibilisation aux infections respiratoires par exemple. Le nombre des admissions à l'hôpital pour des pathologies cardiaques et la mortalité augmentent les jours de fortes concentrations de SO2 (OMS, 2011). La réaction avec l'eau du SO2 est à l'origine des pluies acides à l'origine de phénomènes de déforestation (OMS, 2011).

Dans l'agglomération bordelaise, il n'est pas en concentration élevée (AIRAQ).
Ouf, au moins, il y en a un mais cela ne rend pas les autres moins dangereux.

5) AIRAQ et de nombreuses autres publications ajoutent à cette liste de polluants d'autres polluants dangereux : benzène, toluène, métaux lourds, etc., mais je ne les détaille pas ici.

Il est clair que pour des raisons de santé publique, il faut faire le maximum pour diminuer la quantité de ces polluants dans notre environnement, en particulier pour les habitants proches - jusqu'à quelques centaines de mètres (OMS, 2005) - des voies de circulation qui sont très exposés et dont la santé pâtit particulièrement.

Pensons aussi aux enfants des écoles proches des voies de circulation automobile impactés.http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?term=cakmak%20mahmud%202012
Prenez une grande inspiration maintenant mais allez à la campagne pour prendre cette grande respiration. Allez y aussi pour vous rappeler l'odeur des fleurs, de l'herbe coupée et ne pensez plus à votre santé.
 
Mieux informés, nous pourrons mieux agir.
 
François Abalan, médecin

NOTES :

OMS : Organisation Mondiale de la Santé  
http://www.who.int/topics/air_pollution/fr/
 
AIRAQ : AIRAQ - Atmo Aquitaine - Surveillance de la qualité de l'Air en Aquitainhttp://www.airaq.asso.fr/
 
Wikipédia a un bon article sur les particules fines et d'autres polluants  http://fr.wikipedia.org/wiki/Particules_en_suspension

Je n'ai pas détaillé ici les dizaines de milliers d'articles médicaux de bonne qualité rapportant les méfaits de la pollution de l'air ; leur nombre augmente tous les ans : de 300 publiés en 1991, on est passé à 3000 publiés en 2011 !